Un des plus ancien domaine en Languedoc

Le Prieuré Saint-Jean de Bébian est un des plus anciens lieux de culture de la vigne en France.

Découvrez les grandes étapes de l’histoire du Prieuré Saint Jean de Bébian :

L'Empire romain : la fondation de Saint-Jean de Bébian

 

amphoreEn récompense de ses glorieuses batailles et ses faits d’arme, 25 ans consacrés la guerre au lieu des 40 que le devait tout citoyen romain la république, Rome donne au vétéran Bébianus ( nom qui a donné aujourd’hui Vivien) centurion de son tat, la terre qui maintenant porte son nom.

Les colonies de vétérans, ou sportule (nom donné ces dons de terre prises sur le butin et données aux combattants émérites) étaient nombreuses dans le sud de la Gaule.
Sa villa sera construite comme il est de coutume sur le modèle de celles édifies en Campanie.

Nous sommes au Ier sicle.

Bébianus y cultive le blé, l’olivier et la vigne, essentiellement le Muscat, le Chasselas et le Carignan. Ses vins sont réputés. Ils voyagent dans tout l’empire romain dans les jarres cuites non loin de là, à Sallèle d’Aude, et partent par bateau du port de Narbonne.

Les vins circulent par la Via Domitia et la via Aquitania, ce qui leur permet de rejoindre Bordeaux et d’être ainsi exportés par bateau vers l’Angleterre.
Mais la vigne prospérait si bien dans ce coin béni de la gaule romaine, donnait de si beaux vins, que les producteurs romains, voyant les patriciens se détourner de leur production pour se tourner vers ceux de cette région, obtinrent en 92 de l’empereur Domitien un édit ordonnant l’arrachage des vignes du sud de la Gaule. Il ne fut levé qu’en 289 par Probus. La vigne reprit alors ses droits.

Les moines vignerons

moine-150x150Après l’effondrement de l’empire romain au Ve siècle, un temps délaissée, la vigne connut ensuite une nouvelle prospérité grâce aux moines cisterciens. Tout autour de leurs abbaye, ils cultivaient les raisins nécessaires à la production du vin, symbole du sang du christ . Et ils se révélèrent être d’excellents vignerons. Arrivés à Bébian au XIe sicle, ils construisent la chapelle en 1150 et commencent l’acquisition des terres peu après, dès 1152.
Si on ne connait pas le nom du moine qui s’installa à Saint-Jean de Bébian et qui y édifia en 1150 la chapelle qui devait servir aux dévotions des paysans des environs, sa légende a perduré. On raconte qu’après une vie tumultueuse et dissolue, il décida de faire pénitence et de se tourner vers Dieu. Mais s’ennuyant dans sa solitude et ne trouvant vraisemblablement pas les apaisantes lumières divines, celui qui se voulait ermite repris bientôt ses habitudes passées. Et les fidèles qui venaient faire leurs dévotions en profitaient pour s’enivrer.

Très vite rejoint par d’autres hommes de robe, il fonda une communauté monastique qui, dès 1152, acquit de nouvelles terres et développa le domaine viticole qui ne produisit dès lors plus de céréales, seulement du vin.
Comme la terre dépendait alors de l’évêché de Béziers et non d’Agde auquel elle aurait dû être rattachée, l’évêque ne le visitait pas souvent, le laissant gérer sa congrégation à sa guise.
Oubliant quelque peu la règle monastique, les moines vivaient très bien Bébian.

Du 12e au 18e sicle, Pézenas, dont fait partie Bébian, bénéficia du privilège conservateur accordé par les différents rois de France pour la sauvegarde et la défense du vin. Il était alors interdit de faire entrer dans la commune vin et vendanges étrangers. Mais pas d’en produire !

Lucette apprentie comédienne

La guerre de 100 ans (1337-1453) amène le Prince noir dans le sud de la France. Le vignoble est alors en partie dévasté. Malgré l’édit de Charles IX en 1553 limitant la vigne au profit des céréales pour mieux nourrir la population, le vignoble languedocien perdure. Dans de nombreux domaines dont Bébian, il prospère et exporte. Les bâtiments sont agrandis. Certaines parties édifiées à cette période sont encore présentes.

Lucette apprentie comédienne

moliereMolière qui séjourna à Pézenas de 1646 à 1657 avec son illustre théâtre goûtait, dit-on, les vins de Bébian. C’est un de ses comédiens qui lui en avait offert des bouteilles. Il avait fait la connaissance de Lucette à Bébian. C’était la fille du propriétaire. Elle ne goûtait pas beaucoup la vie au domaine et les travaux domestiques et fut éblouie de rencontrer un comédien qui passait sa vie voyager. Jouant sur ses atout de séduction, ce comédien l’emmena à Pézenas dans la boutique du barbier Gély où se retrouvaient les personnages de la comédie provinciale. Elle y rencontra Molière qui en fit un de ses personnages dans sa pièce Monsieur de Pourceaugnac , à qui elle donne la réplique.

Un italien à Bébian

Le Canal du Midi, fût conçu et créé à partir de 1662 par Pierre Paul Riquet, (fermier de la gabelle et intendant de armées de Louis XIV) et le ville de Sète qui dut fondée au débouché sur la Méditerranée accueillit bien vite toute une population de marins italiens, souvent pauvres, qui désiraient commencer une nouvelle vie.

Sète devint alors la principale ville pour l’exportation des vins du Midi. Les tonneaux étaient embarqués à bord des navires pour voguer vers les pays du bassin méditerranéen ou bien partaient sur des péniches vers Toulouse afin d’être exportés par l’Atlantique. Matteo Evangelisti travaillait au port. Il avait réussi socialement puisqu’il y affrétait sa propre flotte de bateaux. On pense qu’il connut ainsi les vins de Bébian qu’il goûta et aima. Ayant amassé un petit pécule, il acheta Bébian pour devenir aussi producteur et ainsi maîtriser, en homme d’affaire avisé, la chaîne allant de la production à la distribution.

Il agrandit encore les bâtiments et les refaçonne au goût du jour. On dit aussi qu’il y cachait ses amours illégitimes.

Etienne de Goudon, officier royal

Mattéo ne du pas y rester bien longtemps puisqu’on retrouve le domaine dans les textes de 1688, le cadastre de cette époque indiquant qu’il appartient aux héritiers d’Etienne II de Goudon, fils d’Etienne Ier de Goudon, grénetier au grenier à sel de Pézenas. Fonction noble et importante, le grénetier était un officier royal préposé pour recevoir le sel qui était envoyé dans le grenier. Il jugeait en premier ressort les différents qui survenaient par rapport au transport, à la distribution et au débit du sel.

Fin XVIIe ou début XVIIIe, Jean Andrau, bourgeois de Pézenas fait l’acquisition du domaine qui passe ensuite dans les mains de la famille Mazel en 1738. L’acquéreur, François Ie Mazel, est maître de poste et riche négociant en eau de vie.
C’est à son fils, François II Mazel, conseiller du roi, nommé en 1743 lieutenant criminel en la châtellenie de Pézenas, que l’on doit de développement du domaine qu’il reçoit en 1750 par contrat de mariage.

De 1950 aux années 2000

En 1952, Maurice Roux achète la propriété. Son fils, Alain Roux, va lui faire subir dès 1970 des modifications fondamentales. Recherchant la qualité plutôt que la quantité, ce visionnaire plante des cépages nobles en choisissant soigneusement leur origine: syrah de chez Jean-Louis Chave, grenache de Château Rayas, mourvèdre du domaine Tempier. Il garde soigneusement les vieux plants méditerranéens (cinsault, carignan). Et y adjoint les autres cépages traditionnels de Châteauneuf du Pape : roussane, marsanne, clairette, counoise, bourboulenc, grenache gris…Lorsque Alain cède le domaine à Chantal Lecouty et Jean-Claude Lebrun, il s’engage à les assister pour leur première vendange. La dernière cuve à peine remplie, il les félicite, tout s’est bien passé…. et leur annonce tout de go qu’il part le soir même pour Caracas! Depuis, on a perdu sa trace entre la Californie et New-York.

En 1991, Chantal Lecouty et Jean-Claude Lebrun, anciens dirigeants de la Revue des Vins de France, reprennent le domaine et continuent l’oeuvre d’Alain Roux. Journaliste de vin connue et respectée, Chantal Lecouty est également l’auteur de plusieurs ouvrages sur le vin comme “Connaître le vin c’est facile”, “le Porto” ou “Madame et les vins”. En rachetant  le domaine elle passe du « wine writing » au « wine making ». A cette occasion elle déclarait :

« En ce qui concerne la transition avec Alain Roux, je pense que la philosophie reste la même: produire de grands vins méditerranéens. « Grand vin », pour moi, cela signifie : concentré, complexe, élégant, de garde… La quadrature du cercle ! « Méditerranéen », c’est à dire solaire, typique du Sud »

Le Prieuré Aujourd'hui : un nouvel élan !

Depuis 2004, Karen Turner, oenologue australienne est en charge des vins du domaine. Depuis 2008, les actuels propriétaires ont souhaité donner un nouvel essor au Prieuré Saint Jean de Bébian. Il fallait à la fois retrouver les racines du domaine, en rénovant la chapelle romane et insuffler une nouvelle énergie au travers de la réalisation d’un nouveau chai innovant et exceptionnel alliant 3 éléments de base : le basalte, l’ocre et le cuivre.